Mawja_2026

Mawja, du cirque à la danse, une traversée collective

Créée à Salé avec neuf apprenti·es de l’École Nationale de Cirque Shems’y, Mawja est née de la rencontre entre les pratiques circassiennes et l’écriture chorégraphique de Fouad Boussouf. Présentée pour la première fois les 30 et 31 août 2026 à la Biennale des arts du cirque et du voyage Karacena au Maroc, la pièce ouvre un nouveau chapitre de la coopération entre le Phare et l’école marocaine.  

Une création née d’un partenariat au long cours 

Depuis 2024, le Phare développe différents projets avec l’École Nationale de Cirque Shems’y, à Salé. Engagée socialement, l’école accompagne de jeunes artistes dans leur formation et leur professionnalisation. Les deux structures partagent une même volonté de créer des espaces de transmission, de rencontre et d’expérimentation entre les disciplines, les cultures et les territoires.

Cette collaboration s’est notamment concrétisée en avril 2025, lors d’une semaine d’immersion à Salé réunissant des lycéen·nes havrais·es en option danse et les apprenti·es de Shems’y. Cette première rencontre a permis de confronter les approches de la danse contemporaine et du cirque marocain, tout en faisant émerger de nouvelles manières d’apprendre et de créer ensemble.

En mai 2026, ce dialogue s’est poursuivi au Havre dans le cadre de la Saison Méditerranée de l’Institut français, avec une mise à l’honneur d’ancien·nes étudiant·es de Shems’y au sein du festival PLEIN PHARE OUT. Le public a pu y découvrir Zarbia, création de la compagnie Zid portée par Saïd Mousshine et Brahim Ech Chibi, ainsi qu’une conférence de Mouna Belgiri et Badr Houatar consacrée à l’influence mondiale des acrobates circassiens marocains. 

Avec Mawja, le partenariat franchit une nouvelle étape en donnant naissance à une création collective pensée et développée à Salé. 

De la virtuosité individuelle à l’écriture du collectif 

Mawja est le fruit d’un laboratoire de création imaginé par le chorégraphe Fouad Boussouf et son équipe réunissant neuf apprenti·es circassien·nes de Shems’y — sept garçons et deux filles. Roue Cyr, jonglage, équilibre, cerceau aérien, les jeunes artistes viennent de disciplines dans lesquelles la maîtrise technique et l’engagement individuel occupent une place centrale. Chacun·e porte un langage singulier, façonné par des années de pratique et par une relation intime à son agrès. 

La création les invite pourtant à entreprendre une traversée vers une autre écriture : celle du collectif et de l’hybridation des pratiques. Habitués à s’élancer, à chercher l’air, l’élévation et l’équilibre dans la verticalité, les corps retrouvent ici la terre. Le sol devient un espace d’ancrage, de rencontre, de transformation et parfois de rituel.

Comment faire corps ensemble lorsque l’on vient de pratiques profondément individuelles ? Comment partager l’espace, écouter le rythme de l’autre et accueillir son poids, sa présence ou sa fragilité ?

À partir des techniques d’équilibristes et d’acrobatie, Mawja invente une écriture commune dans laquelle les frontières entre cirque et danse s’estompent progressivement. L’appui, la gravité, la tension et le souffle partagé deviennent les matières premières du mouvement. La musicalité et les dynamiques de groupe traversent la pièce, faisant du collectif un espace d’écoute autant qu’une force vive. 

Des corps révélés autrement 

En se détachant de leurs agrès, les corps performatifs et sensibles existent dans leur plus simple vérité. Les personnalités se révèlent, les fragilités apparaissent et le mouvement devient une parole à la fois intime et universelle.

Portée par l’énergie du groupe, la pratique circassienne se transforme alors en un ballet contemporain, physique et profondément poétique. Mawja ne cherche pas à effacer les singularités de chaque interprète, mais à observer comment celles-ci peuvent se rencontrer, se soutenir et composer un mouvement commun. 

La pièce est une recherche sur ce qui relie : les corps, les cultures, les pratiques et les élans partagés. À l’image de la vague qui lui donne son nom, elle dessine un voyage entre les rives, entre le Maroc et l’ailleurs, entre l’individu et le collectif.

Une première étape remarquée à Karacena 

Après trois périodes de création menées à Salé en avril, juin et août 2026, Mawja a été présentée les 30 et 31 août à la Biennale des arts du cirque et du voyage Karacena. Ces premières représentations, accueillies avec succès, ont marqué l’aboutissement d’un processus de plusieurs mois associant étroitement artistes et équipes des deux structures. 

Le projet s’est également construit en lien avec des créateur·rices marocain·es (scénographie, costumes, création sonore, lumière), contribuant à inscrire la pièce dans un écosystème artistique local et à favoriser la circulation des savoir-faire.

Cette création constitue une expérience particulièrement structurante pour les jeunes interprètes de Shems’y. Elle leur permet, dès le début de leur parcours, de prendre part à un processus professionnel, de travailler auprès d’une équipe artistique reconnue et d’appréhender les enjeux d’une création destinée à circuler au-delà de son territoire d’origine.

Une vague appelée à poursuivre son voyage 

L’aventure de Mawja ne s’arrête pas à ses premières représentations. Une tournée au Maroc est désormais en préparation, avec le soutien financier de l’Institut français. Elle permettra à la pièce de rencontrer de nouveaux publics et de prolonger le dialogue engagé entre danse contemporaine et pratiques circassiennes. 

Pour le Phare, ce projet affirme la volonté de développer des coopérations artistiques durables à l’international, notamment avec le continent africain. Il témoigne également de la capacité du CCN à imaginer et à accompagner des créations hors de ses murs, en étroite relation avec les artistes et les structures des territoires partenaires.

De Salé au Havre, du cirque à la danse, de l’élan individuel au mouvement partagé, Mawja poursuit ainsi sa traversée. 

 

Projet développé avec l’École Nationale de Cirque Shems’y, dans le cadre de la coopération engagée avec le Phare – CCN du Havre Normandie, en collaboration avec l’Institut français de Rabat, et avec le soutien de la Région Normandie.